Accueil du site > 02. Activités du réseau > 01. Rencontres Ramau > De l’incertitude des savoirs aux nouvelles fabriques de l’expertise. (...)

Rencontres RAMAU 2020 / Save the date

De l’incertitude des savoirs aux nouvelles fabriques de l’expertise. Expertises valorisées/contrariées en architecture, urbanisme et paysage

23-24/03/20 - Paris
27 novembre

Les prochaines Rencontres et la prochaine livraison des Cahiers RAMAU ont pour objet de porter un éclairage sur les modalités de reconfiguration de l’expertise territoriale, urbaine et architecturale. Après l’exploration des vertiges et prodiges des innovations pédagogiques (cahiers RAMAU 9), le présent programme scientifique vient interroger les situations où se côtoient recherche et mondes professionnels.

Rencontres RAMAU 2020 - 23 et 24 mars 2020 - Paris

Programme en cours d’élaboration

Texte de l’appel à contribution

Les évolutions touchant à la production de connaissances et aux appels à compétence sont rapides, différemment cadrées selon que l’on insiste sur la fin de l’État planificateur, la planification substituée par programme de projets, le gouvernement par les instruments, la décentralisation et montée en puissance des collectivités locales « de projet », les traductions du néo-libéralisme, mais aussi les transformations du métier d’enseignant-chercheur... Sans pour autant être dans le brouillard, la pluralité des finalités des savoirs est en tous cas avérée et mérite que l’on s’y arrête. Les chercheurs de RAMAU ont notamment pu flécher la question renouvelée des utilités des savoirs, l’intérêt de voir de plus près l’évolution de la recherche incitative et les transformations de l’expertise territoriale (cf. la politique scientifique du réseau sur la période 2018-2020 https://www.ramau.archi.fr/spip.php...).
Aussi bien un séminaire ouvert en Janvier 2019 (https://www.ramau.archi.fr/spip.php...) qu’une réunion de travail du comité scientifique du réseau en Mars 2019 ont permis de dégager trois axes de réflexion que nous souhaitons voir approfondis.

Arènes de production de recherche et d’expertise

Les « commanditaires » de recherche et les arènes d’élaboration de la demande de recherche et d’expertise se sont démultipliés, comme en témoigne notamment le foisonnement d’initiatives s’appuyant sur des forums hybrides ou sur des plateformes de collaboration. Les productions qui y sont discutées et qui en émanent (livrables) sont également de plus en plus variées. À cette démultiplication s’ajoute un phénomène d’accélération : circuit court (au sens temporel) et itératif : production – demande – production, par exemple dans le cas de certaines recherche-action, ou des recherche-création. Enfin, à l’énonciation publique d’enjeux de recherche se sont ajoutés des « commanditaires » privés, parfois proactifs, des fondations dont les configurations sont encore trop peu renseignées.
Plusieurs entrées sont possibles pour l’analyse de ces arènes : on peut ainsi privilégier des dispositifs sciences-société ou de recherche partenariale (pour les familiers des noms de codes : Forum Urbain Bordeaux, POPSU, CIFRE, Projets PIA, financement régional, financement européen comme Interreg et H2020) ou des échelles géographiques différentes. Quelles différences s’y jouent-elles par exemple entre expertise et conseil scientifique dans le cadre de projets opérationnels (quartier, métropole, SCOT…) ? Cette attention peut aussi concerner l’institutionnalisation de relations de confiance interindividuelles (un chercheur + un commanditaire) et des formes de récupération institutionnelles des arènes. On peut aussi privilégier une entrée par les publics et destinataires de recherche (voir par exemple les sciences participatives) et voir ce que la démultiplication des arènes fait sur la production-même de recherche.
Spécificités des productions (scénarios, utopies, imaginaires), utilités des démarches et des livrables, élaboration plus ou moins partagée d’agendas de recherche, sont alors au programme de cet axe de l’appel.

Confrontation et légitimation des savoirs

Au sein des arènes, plusieurs types d’acteurs et de légitimité de savoirs se rencontrent. De ces confrontations émergent des questions d’ordre épistémologique et éthique. On peut à cet égard réinterroger la morale professionnelle telle que Durkheim a pu l’aborder et comment elle entre en pourparlers avec la morale collective. Dans le prolongement, c’est la question des fondements des savoirs qui est posée. Différentes légitimités se trouvent en jeu dans les échanges entre chercheurs, professionnels, élus, activistes, etc. Et, alors que l’on prône la transversalité et l’hybridation des savoirs, d’autres tendances poussent au confinement. La légitimité des revues internationales à comité de lecture, pour le monde scientifique, peut être bien étrangère à certains acteurs qui voient la légitimité d’un savoir quand il est situé et clé d’entrée d’une expertise territoriale. On retrouve certes l’opposition entre le savant et le politique mais, à partir de cette polarisation, on observe un ensemble de figures qu’il est important de qualifier aujourd’hui : intellectuel embarqué, spécifique, déférent, expert pointu, médiateur, praticien réflexif (voir axe suivant)...
Quelles sont alors les stratégies et tactiques permettant de répondre à différentes mises en question (notamment de la légitimité scientifique) ? À la demande récurrente de « vulgarisation des savoirs » on voit apparaître des écritures originales dans le champ scientifique : BD, non-fiction, textes « autres » dont on gagnerait à suivre la carrière et les péripéties. Les chercheurs peuvent alors être des plus productifs et remettre en question ces usuelles partitions praticiens-chercheurs.
Symétriquement, des acteurs produisent et revendiquent d’autres formes de connaissance et de savoir-faire dans ces arènes : bureaux d’études, Think Tank, architectes mettant en avant la spécificité de l’approche projet dans la production de connaissances, maîtres d’usages qui n’attendent plus d’être parlés par d’autres pour exister : comment ces acteurs interviennent-ils dans le champ de l’expertise ?
Au final, il est bon de s’interroger sur ce que recouvre le terme de « co-production » des connaissances qui tend à être galvaudé, aplatissant des contributions qui ne sont jamais du même ordre et qui fabriquent autant d’expertises que de contre-expertises.

Trajectoires d’acteurs émergents : figures & identités

Un dernier axe vise à caractériser l’identité et les trajectoires des acteurs qui composent les arènes de coproduction des connaissances (évoquées dans les axes 1 & 2). Plusieurs figures émergent par exemple ces dernières décennies dans la recherche architecturale et urbaine. Cela s’explique d’une part par la réforme des instances de formation des architectes et urbanistes, qui donne plus de crédit et de financements aux thèses de doctorat (universitarisation des formations). Cela s’explique d’autre part du fait de la multiplication des arènes elles-mêmes, qui font intervenir des acteurs multiples, spécialisés dans des champs d’action renouvelés (environnement, énergies, numérique). Cela s’explique aussi par la place prépondérante que prennent des groupes privés dans la recherche vis-à-vis de l’État, dont les sources de financement et le rôle traditionnellement structurant s’amoindrissent.
Au-moins trois nouvelles figures peuvent être identifiées. L’analyse de leurs trajectoires et de leurs contributions permettrait de mieux les comprendre, ainsi que leurs effets sur les dynamiques socio-professionnelles afférées aux arènes de coproduction de connaissances.
-  La figure du docteur. Quel est l’impact de l’arrivée de jeunes docteurs dans les structures professionnelles ? Du point de vue des organismes d’accueil, comment l’accueil de doctorants est-il vécu ? Cela engage-t-il de nouveaux services, la proposition de nouvelles expertises ? Des filières de recherche & développement se construisent-elles grâce à cette contribution doctorale ? Quelles sont les formes d’apprentissage qui se diffusent dans les organismes ? Du point de vue des doctorants et jeunes docteurs, quelles sont les attentes professionnelles ? Comment voient-ils leur contribution aux structures professionnelles d’un côté et au milieu de la recherche de l’autre ? Dans quelles sphères envisagent-ils leur carrière professionnelle ? Sont-ils porteurs de propositions d’activités nouvelles, d’expertises inédites ?
-  La figure de l’ambassadeur (ou passeur, médiateur, facilitateur). Leurs profils peuvent être différenciés, ils participent au management et au pilotage de la recherche et à l’émergence de nouveaux savoir-faire et métiers. On pourra ici chercher à identifier les formes de médiation développées, leurs histoires, les modalités de collaboration et les dispositifs de rencontre entre recherche et action afin d’identifier des figures types de passeurs. Quelles sont leurs motivations ? Comment se positionnent-ils dans les arènes de l’expertise ? Comment pensent-ils leur contribution à la fabrique de l’expertise et/ou de la connaissance ?
-  Les figures hybrides et les spécialistes peuvent être différenciés. Si l’hybridité monte en visibilité, comment ses porteurs sont-ils reconnus ? Qu’est-ce qui justifie l’apparition de ces profils et quelle est la nature de leur contribution ? Quels sont leurs secteurs d’activité (conseil, études, recherche, etc.), leurs statuts (indépendants, salariés), leurs disciplines ? Voit-on émerger de nouvelles professionnalités ? Simultanément, on assiste au développement de spécialités. Des industriels, ingénieurs, souvent issus de groupes privés, prennent plus de poids dans la composition de groupements de recherche en architecture et urbanisme. Disposant de laboratoires de recherche & développement et de fonds propres (ex. Suez, Bouygues, Veolia), ils s’associent aux écoles d’architecture, instituts d’urbanisme et universités pour traiter des sujets architecturaux et urbains. Leurs thèmes de prédilection sont par exemple le climat, l’environnement, le développement durable, la transition énergétique et le numérique. Quelle est leur plus-value dans les arènes de l’expertise ? Comment se positionnent-ils vis-à-vis de la recherche académique ? Quelles sont leurs trajectoires et déroulés de carrière ?
D’autres figures peuvent être identifiées et venir compléter ces premiers profils esquissés.

Bibliographie (indicative)

Biau V. et Evette T., 2008, « Activités et métiers de l’architecture et de l’urbanisme. Recherche et dispositifs réflexifs », in Les Annales de la recherche urbaine, « L’expertise au miroir de la recherche », n°104.
Lahire B., 2002, A quoi sert la sociologie ? Paris, La Découverte.
Noiriel G., 2005, Les fils maudits de la République. L’avenir des intellectuels en France, Paris, Fayard.
Biau V. et Tapie G., 2009, La fabrication de la ville : métiers et organisations, Marseille, Éditions Parenthèses.
Boltanski L., 2009, De la critique. Précis de sociologie de l’émancipation, Paris, Gallimard.
Durkheim E., 1937, « Morale professionnelle » in Neyrat F. 2008, « Le travail à l’épreuve de la compétence », Savoir/Agir.
Ollivier C., 2013, « Les transformations historiques des marchés de service. Les dynamiques concurrentielles du marché de la maîtrise d’œuvre  : une comparaison France / Royaume-Uni », Rapport d’activité FNRS 12-13.
Robette N., 2011, Explorer et décrire les parcours de vie  : les typologies de trajectoires, Centre Population et Développement, Paris.
Wittorski R., 1998, « De la fabrication des compétences », Education permanente, vol. 35, 57-69.

Conseil scientifique du réseau Ramau

Véronique Biau, Architecte-Urbaniste de l’Etat, HDR, membre du LET (UMR LAVUE), École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette.
Laura Brown, post-doctorante, membre du PAVE (UMR Centre Emile Durkheim), - École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux.
Gilles Debizet, maître de conférences à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine - Université Grenoble Alpes, membre de l’UMR PACTE.
Laurent Devisme, professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Nantes, membre du CRENAU (UMR AAU).
Isabelle Estienne, maîtresse de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, membre du LACTH.
Michael Fenker, chercheur, Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, membre du LET (UMR LAVUE).
Charles Gadéa, professeur à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, membre de l’UMR IDHES.
Patrice Godier, maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, membre du PAVE (UMR Centre Emile Durkheim).
Isabelle Grudet, chercheuse, directrice du LET-LAVUE, Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette.
Corinne Larrue, Professeur à l’École d’Urbanisme de Paris, co-directrice de l’EUP.
Élise Macaire, maîtresse de conférences à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, membre du LET (UMR LAVUE).
Laurent Matthey, professeur-assistant, Université de Genève.
Nadine Roudil, professeure à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine, membre du CRH (UMR LAVUE).
Corinne Sadokh, maîtresse de Conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse, membre du LRA.
Christine Schaut, professeure à la Faculté d’architecture La Cambre-Horta de l’Université Libre de Bruxelles, membre du Laboratoire Sasha (Architecture et Sciences Humaines)

Comité scientifique du programme « De l’incertitude des savoirs aux nouvelles fabriques de l’expertise »

Claire Carriou, maîtresse de conférences à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, membre de Mosaïques (UMR LAVUE).
Aurélie Couture, architecte, docteur en sociologie, cheffe de projet du Forum urbain de Bordeaux, centre d’innovation sociétale sur la ville, membre du PAVE (UMR Centre Émile Durkheim - l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux).
Stéphanie Dadour, Maitresse de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble, membre du Laboratoire MHA.
Kent Fitzsimons, maître de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, membre du PAVE (UMR Centre Emile Durkheim)
Élise Geisler, Enseignante à l’Agrocampus Ouest Angers, membre de l’UMR ESO.
Jordana Harriss, chargée de mission HESAM Université, « 1000 doctorants pour les territoires ».
Théa Manola, maîtresse de conférences à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble, membre du CRESSON (UMR AAU).
Silvère Tribout, maître de conférences à l’Institut d’Urbanisme et de Géographie Alpine - Université Grenoble Alpes, membre de l’UMR PACTE.
Elsa Vivant, maîtresse de conférences à Ecole d’Urbanisme de Paris, Université Paris Est Marne la Vallée, membre de l’UMR LATTS.
Bendicht Weber, professeur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, membre du LET (UMR LAVUE).

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0

Edition et créa par Teddy Payet pour les RAMAU sous SPIP 2.1.27 [22103]